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Dragonfly 28 : la croisière sur vitaminée !

Hellomulti, la passion des tris

Le changement a été annoncé au Nautic parisien, où Charlotte Matthijsse et Julien Binard exposaient le Dragonfly 28 Performance. Ces deux Vendéens, anciens de la maison Bénéteau, créaient HelloMulti et prenaient en charge l’importation des Dragonfly à la suite de Jean-Marc Le Goueff (Multisailing) qui avait la carte depuis une vingtaine d’années. Charlotte et Julien ont pour eux un bel enthousiasme et une solide expérience. Ils sont tombés amoureux de Dragonfly et veulent, à terme, mettre en place un « service center », c’est-à-dire un chantier d’hivernage et d’entretien exclusivement dédié aux trimarans suédois. Et comme ils ont peur de s’ennuyer, ils sont aussi devenus récemment distributeurs exclusifs des trimarans Neel.

On dit de lui que c’est un marin pressé, un régatier redoutable… spécialisé depuis toujours dans les trimarans, évidemment. Il est d’ailleurs propriétaire d’un Dragonfly 28 pour la croisière en famille, mais aussi d’un monstre de carbone au gréement plus lémanique que baltique, qu’il mène pourtant en solo sur certaines courses. On dit aussi que c’est un ingénieur autodidacte avisé, un sacré businessman et un chef d’entreprise charismatique, qui a su développer le chantier familial – Quorning Boats – à la suite de son père. On dit en somme le plus grand bien de Jens Quorning, régatier, technicien et patron, et on a raison. Mais pour l’heure, c’est surtout le skipper dont nous apprécions sans chichi la compagnie souriante… et les talents culinaires. Assis sur un flotteur, les pieds sur le trampoline et un verre de vin rouge à la main, il retourne les steaks savamment marinés sur son barbecue portatif. Une douce lumière baigne cet incroyable mouillage de la côte orientale du Danemark où nous sommes entrés comme par effraction, en empruntant une passe minuscule et indétectable du large… C’est bon de naviguer avec des locaux et d’apprécier à leur juste valeur les ruptures de rythme qu’offre la croisière en Dragonfly. Une journée pleine tube à 13 nœuds de moyenne, puis une longue soirée au calme pour profiter de l’été nordique.

La journée en question avait commencé sur des bases un peu plus sportives, dans une brise établie autour de 20 nœuds. Jens a tout de suite annoncé la couleur : on envoie la grand-voile sous un ris. La bosse en continu est raccourcie en conséquence avant que nous ne commencions à faire monter cette superbe GV non pas à corne, mais au rond de chute très prononcé. Une découpe plus facile à gérer en croisière. Facile également, l’envoi démultiplié grâce à la drisse mouflée : il faut juste tolérer une certaine longueur de bout… Qu’importe, elle est lovée et rangée sous la toile de la capote. Car Jens est formel : pas question de naviguer capote haute, surtout par ce beau temps ! La capote, c’est pour le mouillage ou pour la pluie. À noter au passage qu’elle peut être complétée d’un bimini très couvrant et parfaitement discret en navigation, puisqu’il se plie autour de l’arceau qui vient fermer le cockpit. On est bel et bien sur un croiseur ! Ce qui n’empêche pas notre Dragonfly 28 d’afficher de superbes flotteurs perce-vagues qui restent l’apanage de cette version Performance dévoilée en 2017.

L’ancienne version au catalogue

L’ancienne version, toujours commercialisée sous l’appellation Touring, a gardé les anciens flotteurs moins volumineux et moins exposés au port, ainsi que le mât en aluminium et gréement qui va avec. Un gréement dont la surface de voile correspond à celle que porte actuellement notre 28 Performance… sous un ris. Ce qui ne nous empêche pas de faire allègrement fumer les étraves ! Le meilleur, ce n’est pas la vitesse proprement dite, ce sont les accélérations dans les risées. Le speedomètre, qui stagnait à 9-10 nœuds, décolle à 15, 16 voire 17 nœuds dans un sifflement jouissif. À partir de 12 nœuds, forcément ça commence à mouiller dans le cockpit. On reçoit rarement des paquets de mer directs mais plutôt des embruns tamisés par le trampoline au vent et rabattus par le vent relatif. Pour le barreur assis sur son banc surélevé (et amovible au port), la visibilité vers l’avant est parfaite. La gîte étant naturellement limitée, on se passe de cale-pieds mais un relief antidérapant serait appréciable au niveau de l’assise, car à la longue la position fatigue un peu. Il faut dire qu’on n’a pas très envie de la lâcher cette barre, alors forcément on prolonge indéfiniment le plaisir. Même quand le speedo s’emballe, on mène l’engin avec deux doigts en bout de stick grâce au safran finement compensé et au formidable équilibre général de la carène. Un équilibre qui s’exprime pleinement à partir de 12 nœuds, quand le sillage s’aplatit et se fait silencieux. On entre alors dans le pur plaisir de ce trimaran en survitesse maîtrisée et pourtant parfaitement rassurant. Il peut arriver que le flotteur sous le vent croche un peu dans le clapot, rien de méchant. Si comme nous vous êtes au près, il vous suffit de lofer pour faire tomber la pression. Si nous étions au portant sous spi, au contraire il faudrait abattre pour calmer le jeu. Si Jens garde la main sur l’écoute de GV et son puissant palan, c’est pas par précaution. Après tout, on ne se connaît pas !

PALAN EXTERIEUR ET RETENUE DE BOME

Une deuxième paire de palans frappée sur les bras arrière se crochète au point d’écoute pour fermer la chute, comme on le ferait avec un hale-bas – mais avec une puissance incomparable. Au portant, ce palan extérieur fait aussi office de retenue de bôme : efficace et sécurisant. L’écoute de genois, quant à elle, revient au rouf. On utilise beaucoup également le barber-hauler pour écarter le point de tire au portant et le rentrer au près, sous génois mais aussi sous gennaker.

Oups ! À ce train d’enfer nous n’avons pas vu passer les 30 nautiques qui nous séparaient de l’île d’Als et il nous faut déjà préparer l’arrivée. Le génois est prestement roulé, nous entrons dans la petite baie fermée de Dyvig sous grand-voile seule : les bouées de chenal défilent bien assez vite comme ça, et tout près des flotteurs ! Simultanément, nous préparons le moteur hors bord (15 ch Honda). Facile : il suffit d’ouvrir le panneau du coffre de cockpit tribord pour y découvrir, ô surprise, une superbe manette de gaz. Pas question de se casser le dos au-dessus du tableau arrière, le moteur est monté sur un vérin hydraulique comme sur un gros semi-rigide. Il descend tout seul, on démarre et c’est parti, tout simplement. Une seule chose à faire soi-même : enclencher sur le moteur l’axe qui le couple à la barre, de telle sorte que vous orientez le hors-bord en tournant la barre. Ultra-efficace en manœuvre ! Un peu moins efficace, le dispositif de mouillage sur l’unité essayée. Le davier d’étrave est en option, et il n’est de toute façon pas très pratique à utiliser dans la mesure où l’ancre est stockée dans le flotteur tribord. On mouille donc à l’ancienne, en jetant l’ancre par-dessus le bras tribord (attention à ne pas l’abîmer…) et en laissant filer le bout plombé. Vu la taille et le poids du bateau, ça se passe bien, mais pour notre part nous opterions volontiers pour une ancre légère en alu, type Spade par exemple, de telle sorte que l’absence de davier ne serait en aucun cas un problème. Ancre acier ou ancre alu, chaîne ou câblot, driver ou pas, la discussion anime l’apéritif pris sur la table du cockpit tandis que le barbecue est en chauffe. L’accompagnement, lui, se prépare sur le petit plan de travail de la cuisine, à bâbord de la descente.

UN AMUSANT TROU D’HOMME

Les ingrédients ont facilement trouvé leur place dans l’autre côté de cette descente, dans le frigo, petit mais très bien organisé. Pour continuer vers l’avant, on emprunte la coursive qui longe le carré surélevé et décablé à bâbord. Elle donne sur un cabinet de toilette comportant tout le confort standard, à savoir un WC marin et une vasque. De là, on gagne le lit breton en se glissant dans un amusant trou d’homme doté de petites portes coulissantes. Évidemment, l’espace est compté : nous sommes sur un croiseur de moins de 9 m. Mais non seulement il y a tout le nécessaire et un peu plus, et on est frappé par la réussite du design qui fait appel à une belle menuiserie maison, la qualité de finition, la maîtrise des mille et une astuces du bord expérimentées et améliorées au fil des générations de Dragonfly. La couchette d’appoint montée dans la coursive avec des planchers du carré est en revanche une nouveauté, signe que l’équipe continue à se gratter la tête pour rendre les bateaux aussi modulables et habitables que possible. Et que la qualité de vie en croisière est une priorité assumée jusque dans les détails, à l’image des prises USB présentes dans la cabine arrière (en option). On accède à cette cabine-couchette en faisant glisser la descente sur le côté (elle reste utilisable), et on y est très bien mais comme je l’ai déjà testé le premier soir, je choisis cette fois-ci la couchette d’appoint du carré.

UN CONFORT TOUT BONNEMENT STUPÉFIANT

Elle est parfaite, il faut juste être le dernier à se coucher car ensuite, on ne peut plus accéder au triangle avant ! Pas un problème pour Jens, l’hôte du lit breton qui, au petit matin, passera son panneau de pont pour nous déranger personne… Au final, après deux nuits et deux vrais repas à bord, le confort de ce 28 pieds capable de journées à 13 nœuds de moyenne est tout simplement stupéfiant. Pour le retour, nous utilisons le spi stocké dans la chaussette et dans le flotteur bâbord. À nous les longs bords de débridé, avec à la clé des accélérations jubilatoires dans ce vent de terre irrégulier. Jens en a profité pour nous démontrer la facilité d’utilisation du bout-dehors, qui n’est pas rétractable mais pivote et se range le long du bordé bâbord. Très facile également, le réglage que nous mettons en œuvre en arrivant au port. L’opération prend à peine 5 minutes. En se repliant vers l’arrière, les flotteurs soulèvent la coque centrale de quelques centimètres et le bateau devient un pseudo-catamaran de 2,50 m de large – le gabarit routier. Sa stabilité initiale semble très correcte, mais il n’est pas question de naviguer à la voile dans cette configuration. C’est d’ailleurs pour garantir la stabilité de l’engin replié que le chantier a renoncé au mât : les profils proposés sont tout ronds.

Déjà de retour… Nous avons parcouru 60 milles en cinq heures de navigation, soit 12 nœuds de moyenne sans forcer, et avons pris du bon temps au mouillage. Que pourrait-on demander de plus à un bateau ?

LE MONDE DU MULTICOQUE BY VOILE MAGAZINE, mai 2018

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